Il
y a du bon et du mauvais dans toutes situations. Ce qui me
manquerait le plus, ce sont les merveilleuses opportunités
que je vis pour l'instant. Visiter le monde, enregistrer,
jouer avec des grands musiciens sont des chances qui me sont
offertes chaque jour et qui ont une grande valeur. Je me rends
bien compte de ce que j'accumule actuellement et j'en suis
reconnaissant.
Tout cela me manquerait énormément. Mais le
plus triste, serait de ne plus jouer tous les jours. Par contre,
le bon coté serait de ne plus se lever à six
heures pour courir prendre un avion, ou de ne jamais avoir
le temps de visiter la ville dans laquelle je suis. Tout ce
stress ne me manquerait certainement pas. Si le succès
devait s'atténuer, ce serait un énorme changement
mais mon approche de la musique ne se modifierait pas. Je
garderais la même concentration et la même passion
car je les avais déjà, bien avant le succès.
J'aimerais bien avoir plus de temps pour jouer seul au piano.
J'essaie toujours en tournée d'en avoir un à
disposition si je reste plusieurs jours dans une ville. Donc
je gagne et je perds avec le succès. |
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Certains
musiciens "rament" des années en jouant dans
des clubs. N'est-ce pas un apprentissage nécessaire que
vous n'avez pas connu ?
Si j'étais encore au collège, en dehors de la musique,
j'apprendrais encore beaucoup de choses. Donc forcément,
je rate des matières dans mon instruction. Comme musicien,
avec ce succès rapide, je suis conscient d'en rater d'autres.
Mais ma vie a pris une autre tournure et je ne regrette rien car
j'apprends beaucoup dans mon style de vie. Bien sûr, les
clubs seraient une bonne expérience mais voyager comme
je le fais dans le monde en est une aussi. Si le succès
me manque un jour, je pourrais toujours retourner vers ces choses.
Mais être sur la route entraîne aussi des changements
dans ma musique. Tout ce qui affecte les sentiments bouleverse
la façon de jouer. C'est commun à tous les artistes.
Si vous perdez quelqu'un ou si vous vous séparez, cela
aura une influence. Et les rencontres que je fais dans le monde,
ont aussi une influence.
Préféreriez-vous
être reconnu par le public ou par la grande famille du jazz
?
| Je
ne voudrais pas faire ce choix car, encore une fois, jouer
ce que je ressens et ce qui est proche de mon cur est
le plus important. Tant mieux, si cela touche beaucoup de
monde, tant pis, si ce n'est qu'une partie. Au moins, je fais
ce que j'avais envie de connaître. Bien sûr, je
souhaiterais emmener dans mon voyage musical plein de gens
pour leur donner l'occasion de ressentir combien la musique
m'a emporté. C'est une chance extraordinaire de jouer
quand on sent que les gens sont touchés par votre sensibilité.
Maintenant pour moi, les critiques de jazz ou l'âge
du public ont peu d'importance. Il faut accepter de ne pas
plaire à tout le monde. Mais tant que je suis honnête,
je ne peux pas faire plus. Le mot clef est donc l'honnêteté,
c'est la seule chose que je puisse contrôler. Je n'ai
aucun pouvoir sur la réaction que les autres peuvent
avoir. |
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Votre
carrière aurait-elle été différente
si vous aviez rencontré Chick Corea au lieu de Harry Conick
Jr ?
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