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Je ne pense pas avoir déjà tout prouvé. Par rapport à mes pairs. Le grand succès populaire fait aussi partie de mes motivations. En même temps je ne fais pas tout pour ça. Je pourrais construire un bouquin pour faire un plan en sous-main en musique… Produire, j'ai la prétention de savoir faire ça ! Je crois comprendre à peu près ce que la société attend et en tirer les ficelles mais je ne l'ai pas fait !

Le Dormeur du Val écrit par Patrick Eudeline est-il mort d'amour par une femme fatale ?
En tous cas, le dormeur du val est une belle image. Tu peux en faire ce que tu veux ! (rire)

A quel moment as-tu compris que tu ne pourrais pas changer ?
Je vais te dire à dix-huit ans mais à l'époque je ne me suis même pas posé la question. J'ai mis des années à réaliser que j'avais fait un choix. Et en définitive je n'en ai même pas fait. C'était une telle évidence. J'étais dedans, emmené par la vie. Après tu te poses des questions pratiques… Le jour où je ferais plus gaffe à mon obsession des fringues, des trucs rock'n'roll comme mes guitares vintage… c'est que je serais mort ou très mal. C'est un réflexe de vivre de cette manière !

Tu as aussi la chance de vivre en plein cœur de Paris pour accepter cette vie " particulière " ?
A l'adolescence quand mes parents m'empêchaient de sortir, j'avais l'impression que les choses explosaient sans moi. Comme si je n'y avais pas droit ! Alors que j'habitais pas loin de Saint Germain des Prés. A deux cent mètres il y avait le Rock'n'Roll Circus. L'expérience des gens de la province est assez semblable à ça. C'est encore plus fort quand tu es provincial même ! Tu peux plus fantasmer sur des choses auxquelles tu n'as pas accès. Le fait d'être à l'endroit où tout arrive c'est complètement à double tranchant ! Les Stones habitaient en banlieue, les Beatles à Liverpool.

Si je te donne le choix d'écrire un article sur un grand groupe que tout le monde connaît ou d'aller dans une cave en bas de chez toi pour faire découvrir un artiste inconnu, que fais-tu ?
C'est plus marrant de voir le mec dans sa cave…

En est-il meilleur ?
Non ! Ce n'est pas parce que les White-Stripes sont connus maintenant qu'ils sont mauvais. Leurs disques sont de mieux en mieux. En France c'est encore plus compliqué. C'est le seul pays où le mot " variété " existe. J'adore l'histoire de la musique dans notre pays. Alors ok nous n'avons pas Chuck Berry mais nous avons Baudelaire ce qui n'est pas mal non plus ! (rire)

Evoquons la différence profonde entre " Dansons sous les bombes " qui est un de tes romans et ton album " Mauvaise étoile ".
Il y a une chose que je n'utilise pas dans le roman c'est tout ce qui touche au blues. Le texte de la chanson est le plus exigent des boulots. A cause de l'intégration avec la musique. Tu n'as pas une seconde chance. Tu as trois couplets, t'as un refrain et voilà tu dois construire sur ça. Dans mes romans je ressens tellement de peur que les gens s'ennuient que j'en enlève trop. Pour une chanson tu ne peux pas prendre ton temps. Tu as trois minutes pour gérer un climat, une dynamique.

On sent beaucoup de corrélation dans ton œuvre en général avec l'univers de Michel Houellebecq ?
D'abord j'ai un vrai respect pour ce gars ! Ce n'est pas un hasard si dans le monde actuel il y a un Houellebecq ! Il a dit des choses qui touchaient à la vérité sur le sexe ou la mort. Pour moi il a une valeur punk. Michel a ça. Je pense qu'il sent plus l'époque qu'il ne prophétise l'avenir. C'est comme d'être dans un train où tu vis le truc et qu'un mec, lui qui est sur la colline, le voit passer et voit ce qui va lui arriver. Il a cette distance. Il sent l'époque, il la comprend donc il devine ce qui va arriver.

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