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Je suis conscient du doute qui se cache derrière chaque pensée. C'est par excès d'idéalisme qu'on est malheureux. Dans ma période " punkovite " j'ai vu des punks qui étaient capables de se transformer en skin parce qu'ils aiment mieux le look. C'est vrai que je suis indulgent pour les gens qui ont la faiblesse d'être trop sur d'eux. J'aime les gens qui ont la faiblesse d'assumer leurs faiblesses. Je fais beaucoup le malin car je suis moi-même quelqu'un de timide et de fragile.

On dirait que vous avez honte d'être méchant ?
Je n'ai pas envie que cela devienne un fond de commerce non plus. Je n'ai pas envie d'être méchant. C'est une vengeance dérisoire d'être méchant.

Seriez-vous un Ferré gentil ?
Peut être. Mais je dirais plutôt un Ferré qui a fumé de l'hélium. Simplement je crois que Ferré était triste.

Desproges disait " on peut rire de tout mais pas avec n'importe qui ", est ce qu'on peut tout chanter mais pas n'importe comment ?
Entièrement d'accord. Quoi que j'aimerais bien chanter ma chanson skinhead devant un parterre de skin… enfin non… finalement c'est pas une bonne idée.

Vous parlez des crapules friquées, pensez vous que l'argent rende malhonnête ?
Je ne crois pas qu'il rende malhonnête, mais c'est un truc ingérable. Chez nous, en Belgique, on a le Minimex, votre RMI, je voudrais qu'on invente le Maximex. Au dessus d'une certaine somme il est interdit de gagner de l'argent. Parce que je trouve que psychologiquement, quand je vois l'état de certaines personnes qui gagnent beaucoup d'argent, je trouve que cela ne les rend pas " plus mieux ". L'argent rend paranoïaque. Un millionnaire c'est pas un gars qui a gagné un million c'est le gars qui a dépensé un million !

Vous chantez avec une rapidité d'élocution impressionnante comme si vos paroles devaient jaillir pour convaincre ?
J'ai peur d'ennuyer. C'est mon petit côté frime à deux balles.

Deux chansons "Clarisse" et "Un baiser sous la pluie" sont deux magnifiques chansons d'amour, totalement différentes du reste de l'album qui est plus grave ?
C'est parce que j'ai voulu tout mettre sur ce disque. C'est un album que j'aurais dû appeler " Boulimie ". Je suis un gourmand, j'aime bien faire l'amour, c'est quand même formidable qu'on ai eu ces machins là à notre disposition. J'aime bien travailler avec tous mes sens. Autant je peux parler de choses graves et dures comme le processus de guerre humanitaire, autant j'essaie de ne pas être un coincé du cul ; j'en ai rencontré beaucoup. Il y a un côté curé chez ces gens là. Il manque la gourmandise dans leurs propos. D'accord tu peux vouloir faire la révolution mais tu vas être un mec super-casse couille avec une notion de ce qu'il faut faire et ne pas faire et on retourne à un ordre moral. Ces gens là qui m'ont beaucoup dragué n'ont pas réussi à m'avoir. On a une seule vie, on a un corps pour un certain temps et il faut quand même s'amuser, jouir.

La chanson "La guerre" vous l'avez écrite en vous rendant à Belgrade, mais vous auriez (malheureusement) aussi bien pu l'écrire en vous rendant à Bagdad ?
Ma chanson est une recette de cuisine de la guerre dans le sens où elle est toujours d'actualité. C'est un concept d'intervention depuis 1945. Il y a un côté répétitif à la guerre, un comportement inscrit, mais en même temps, il reste une part de flou qui peut sauver le reste. Il y a des possibilités, une certaine souplesse d'arranger le bidule. C'est ce que je dis dans " les bulles ", ce ne sont pas les manifestants de fascicule qui vont nous aider mais plutôt une confrontation permanente avec notre contradiction qu'on peut avancer sur la matière de notre vie. Il y a mille micro-milieux qui ne se croisent jamais mais qui ont le même objectif.
C'est fou comment ces militants qui ont le même but se prennent dans les bras mais se détestent dans le fond. J'ai l'impression d'être dans une loge de théâtre. J'ai envie d'y croire. Les gamins actuellement je les trouve lobotomisés mais la prochaine génération pourquoi pas. Je ne crois pas au processus historique linéaire. Il y a toujours un moment donné où les choses se retournent, il y a un état d'urgence tellement fort que finalement il n'y aura pas le choix. Je pense que l'humanité est une très belle invention génétique. Je crois être l'un des derniers philanthropes qui existent. Je ne suis pas dans la désespérance. Oui je suis beaucoup déçu mais je veux pas vivre avec ça dans la tête. Je vois des gens qui bougent leur cul, qui ne sont pas " que sérieux et proprets sur eux "…

Vous êtes passés au Zèbre de Belleville, c'est un lieu mythique.

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