|
Oui ! Elle a
manqué d'être interdite ! Sur la première photo
que l'on avait prise, je fumais une cigarette mais ce n'était
pas de la provoc car comme tu peux voir je fume beaucoup. On risquait
une amende tellement énorme que je ne voulais pas faire prendre
ce risque à ma maison de disques. J'aurais pu profiter de
ça pour faire monter la promo mais non ! Là, Virginie
Despentes a fait un clip de " Mauvaise étoile "
qui risque d'être interdit parce que deux filles s'embrassent.
Alors par contre si cela se confirme on va se marrer ! Il est hors
de question qu'on se laisse faire. On se battra. Mais la cigarette
c'est le ministère de la santé, c'est tellement une
société perverse
Tu
sais bien qu'en proposant ce disque on va avoir la facilité
de dire que tu as le phrasé de Hubert Félix Thiefaine.
Et ce en oubliant de parler de ton disque comme d'une vraie performance
intègre et personnelle. N'aimerais-tu pas vivre en Angleterre
où il y a une autre sensibilité face à la musique
?
C'est une difficulté supplémentaire de vivre en France.
Comme la langue française qui est difficile mais indispensable
! J'appartiens à ce pays. J'aime les Kinks parce qu'ils parlent
de Londres, le Velvet parce qu'ils parlent de New York. Là
j'assume d'être français.
Tu
as noté sur ta pochette " ce disque n'a aucune boucle
musicale ". Que veux-tu dire ?
Encore une petite part d'humour ! C'était dire " Désolé
mais les violons sur le disque ne sont pas piqués "
! Le principe de la boucle est anti-créatif.
Pour
nous tu es une sorte de Don-Quichotte ?
Le côté gladiateur me plait bien ! Même sur scène
! Mon idéal de la scène est de jouer avec de très
bons musiciens sinon je me prendrais la tête avec eux. Mais
en même temps on répète juste ce qu'il faut
pour connaître les morceaux mais qu'il reste le danger. En
plus, là par exemple, je joue devant des audiences que l'on
qualifierait de très rock'n'roll ! Et je commence à
la guitare acoustique pour les désarçonner, pour qu'ils
se disent : " Putain ! Eudeline est parti dans du folk ! "
Tu
vas donner quelques concerts sur Paris. Penses-tu ensuite partir
en tournée ?
Ca ne dépend pas que de moi ! Le système est tel que
je ne peux pas maîtriser ce point. Ce qui est sur c'est que
j'ai un bon groupe derrière moi. Nous sommes vraiment ensemble
et tout se passe bien donc j'ai bien envie de tourner et d'y aller.
Maintenant le système s'est tellement refermé qu'il
faut une logistique.
Penses-tu
que la difficulté que tu rencontres pour tourner serait due
à ton image ?
Je ne pense pas ! Je pense simplement que maintenant tous les gens
qui ont des boites ou des salles de concert ont besoin d'avoir un
tourneur derrière l'artiste. Ce n'est même pas par
peur
Notre pays est tellement puritain et politiquement correct
qu'il aime la rébellion et la marginalité quand elle
ne fait pas de mal à une mouche !
Serais-tu
capable de faire des compromis ?
Ca dépend de ce que tu entends par compromis ! Il y a des
choses que je ne ferais jamais. Ta question est trop large. Le jeu
peut parfois en valoir la chandelle. C'est le genre de choses auxquelles
tu ne peux répondre qu'au coup par coup. Un groupe s'est
retrouvé à faire un morceau qu'il n'aime pas pour
se retrouver à Taratata. Je ne leur jette pas la pierre,
je sais les pressions qui peuvent arriver. C'était plus facile
d'être exigeant dans les années 70. Le principe du
rock'n'roll c'est d'être un art et un business depuis le début.
Quand on demandait aux Rolling Stones de chanter au Ed Sullivan
Show sans dire " Lets spend the night together " mais
" Lets spend some times together " ils ont dit oui et
en échange ils ont eu l'Amérique.
Attends-tu
le succès ?
Ca peut arriver ! En faisant des romans dans une grosse boite ou
en faisant des disques qui ne sont pas si mauvais que ça.
Cela peut t'arriver ! (rire). De toute façon je ne le vivrais
pas pareil maintenant que par le passé. C'est une tribune
fantastique. Un terrain de jeu. Ca ne me déplairait pas !
Tu
as déjà tout prouvé alors qu'est-ce qui te
motive ?
Suite
|