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La variété m'intéresse peu à l'exception de Maurane qui est l'une des plus belles voix de la chanson francophone, Elle a la classe et le tempo des grandes interprètes des années soixantes…

Je n'aime pas beaucoup la variété d'aujourd'hui. C'est le nivellement par le bas, le souci du public à outrance. La vraie démarche pour moi est d'amener le public vers soi et cela demande un peu plus de travail. Parmi les gens que j'ai rencontrés, les artistes de variété sont les moins curieux. Peu d'entre eux ont choisi la musique par vocation et leur présence sur la scène résulte parfois plus du hasard que du talent.

Donc démago les artistes de variété ?
J'en ai marre de l'intervention des artistes sur tout et sur rien, même si je peux comprendre la nécessité de certaines prestations à caractère humanitaire .
Mais ce n'est pas en disant aux gens ce qu'il faut faire qu'on va changer quelque chose. Il s'agit d'une mauvaise démagogie contrairement à celle de Miles Davis, par exemple, qui savait très bien qu'il imposerait le silence dans le public rien qu'en entrant sur scène. Mais ce n'est pas la même démagogie.
Beaucoup d'artistes ne font pas de la musique pour la musique mais pour être stars. Les enfants qui veulent suivre des cours de chant ne le font plus toujours pour le bonheur de la musique mais pour être un jour des stars. Même dans le jazz, cela commence à se ressentir. Des artistes comme Nougaro ou Ferré sont rares aujourd'hui et ce n'est pas sans raison. Un artiste est toujours jugé sur sa longévité.

Que faites-vous quand vous ne chantez pas ?
Difficile de ne pas être dans la musique qui prend la majeure partie de mon temps, je fais du sport et je vais au cinéma, beaucoup de lecture, mais tout me conduit inévitablement à la musique. Mon rêve secret depuis mon enfance est aussi d'écrire; Mais la fréquentation de maîtres comme Baldwin ou Toni Morrison m'a fait comprendre que ce serait pour une autre vie !

Vous chantez souvent en arabe, connaissez-vous la langue ?
Non je me débrouille. En réalité j'étais à l'école à Bruxelles dans une classe totalement métissée. De plus mon physique entraînait régulièrement les mêmes questions : Arabe ? Juif ? Brésilien ? Kabyle ?
Mes premiers amis de classe étaient arabes et j'ai commencé à partager leur langage. Aujourd'hui j'ai encore un lien très fort avec cette langue et cette culture. L'important n'est pas d'où on vient mais ce qu'on vit.

Que feriez-vous d'une baguette magique si vous pouviez l'employer pour la musique?
Déboucher des oreilles !

Et dans le monde ?
Je m'en servirais pour les autres et par forcément pour moi. J'essaierai, non par idéalisme, de reconstruire des structures d'humanité et de normalité des choses, car souvent l'essentiel comme manger à sa faim, écrire et lire n'est même pas réalisé. Cela remettrait même mon métier de musicien en question.

Difficile de ne pas vous interviewer sans vous parler de James Baldwin ?

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